Espelette et chocolat
l’actualité sauce douce et piquanteArchive pour juin, 2008
Ca m’étonnerait
Certaines personnalités de la scène publique sont si prévisibles qu’on en oublierait le sens de l’adjectif surprenant. Tous ces beaux plans de com’ nous ont en effet donné de mauvaises habitudes, celles de ne plus compter sur les trains en retard (ceux qui nous intéressent nous journalistes). Et même le coup de gueule « spontané » de Rachida Dati devant les députés l’autre jour n’était qu’une belle démonstration de ses talents d’actrice, la ministre ne manquant pas de jeter un coup d’œil à ses fiches quand l’inspiration venait à lui manquer.
C’est comme ça, nous ne savons plus nous étonner. Vous ne me croyez pas ? Petit test : est ce que ça vous a vraiment surpris le « libéralisme » de Bertrand Delanoë ? La (re)découverte du compte japonais de Jacques Chirac ? Le cafouillage de Rachida Dati sur le mariage annulé ? Non, on est d’accord. Le problème c’est que du coup certains journalistes se sentent obligés de créer littéralement l’événement – voyez l’Express sur la haine Sarkozy-Fillon, ou Le Point sur Carla présidente, ou le Nouvel Obs sur le sms, ou Jean-Pierre Elkabbach sur Pascal Sevran… Des extrapolations sans autre but que de chercher le scoop, au détriment de l’intérêt et de la déontologie.
Notre capacité d’étonnement est donc en panne, c’est grave docteur ? Et bien non, car il parait que c’est normal, avec l’âge nous devenons blasés. Ce n’est pas moi qui le dit mais Charles Pépin, journaliste et philosophe, qui s’exprimait ce matin sur France Inter à propos du bac de philo. D’après lui, même les jeunes de 17 ans seraient déjà bourrés de préjugés et incapables de s’étonner, presque trop vieux pour plancher sur des sujets de bac. Oui sauf qu’avant la terminale, ils savent à peine écrire, alors on fait comment ? On touche à rien. Tu m’étonnes !
Et pourtant à bien y réfléchir, la vie est remplie de ces trains en retard (et à la veille d’une grève SNCF, je sais de quoi je parle) ou carrément absents. Ceux qu’on attend et qui n’arrivent jamais : comme la déclaration qui aurait du clore de façon responsable et intelligente la réunion de la FAO à Rome. Celle qui est arrivée disait « La moitié du monde crève la dalle, mais surtout ne prenons pas de décision trop hâtive ». Il y a aussi ces trains qui ne sont pas annoncés et qui déboulent sans crier gare. Ainsi le revirement d’Hugo Chavez qui appelle les Farc à déposer les armes et se dit prêt à négocier avec le prochain président des Etats-Unis. Pour son équipe, ce n’est pas un changement de stratégie, juste une suite logique. Chez nous, quand on parle de « changements de stratégie », on peut s’attendre à un statu quo, voire au mieux à une déclaration d’intention démago. Finalement l’étonnement, ça doit être culturel.