Espelette et chocolat
l’actualité sauce douce et piquanteArchive pour novembre, 2007
Où sont les dindes ?
Les dindes françaises sont chanceuses. Contrairement à leurs cousines américaines sacrifiées massivement aujourd’hui pour Thanksgiving, elles ont encore un mois à vivre !
Au gouvernement, on ne sait pas encore quelles têtes vont tomber. Pourtant les volailles en tout genre y sont légion : dindes hystériques, chapons castrés, poulets battant de l’aile et coqs arrogants. Depuis quelques mois, la basse-cour est en proie à une grande agitation. Mais quand la poussière retombera, tout le monde risque d’être bien déçu.
Anyway, Happy Thanksgiving to everyone !
Vous avez dit romantique ?
Certaines choses vieillissent mal, comme Jack Lang, le Beaujolais Nouveau ou un livre de Beigbeder. C’est aussi le cas du romantisme de dandy, façon « bougies, bouquet et ciel étoilé ». Toutes les filles l’avouent : ce genre de soirée transpire la ringardise. Oui toutes ! Même celles qui soupirent la bouche en cœur devant Amélie Poulain ou le mielleux et Hugh Grantesque Raison et sentiments. Et pour les hommes qui veulent quand même essayer, la sentence risque d’être fatale, du genre « déjà vu, suivant ! »
Et si le romantisme d’aujourd’hui était justement tout sauf… romantique. Exit les banalités qui font cliché. Avec des agendas surchargés et la devise du « plus vite, plus loin, plus fun » qui défile en continu sur leur fond d’écran, les filles exigent un romantisme efficace – « j’ai 20 minutes, on fait quoi ? ». Et avant tout original – « des fleurs, encooore ?! ». Le bonheur est dans les choses simples, soit. Mais se regarder toute une soirée dans les yeux, même si ce sont ceux de Jude Law, ça devient vite agaçant.
Reprenons l’équation : pas de romantisme sans émotion, pas d’émotion sans surprise, et pas de surprise sans… imagination. En termes économiques, cela s’appelle de la valeur ajoutée. Et sans elle, gare à la banqueroute. La preuve ? Regardez Cécilia : son mari lui offre de vivre dans le plus grand palais de Paris pendant cinq ans. Visiblement, ça ne l’a pas retenue.
Moralité, le romantisme c’est tout d’abord savoir écouter les désirs de l’autre, et pouvoir y répondre – ou même les devancer – en toute circonstance. C’est savoir placer l’autre au coeur de l’instant. C’est savoir transformer le banal en magique. Et ne pensez pas que la carte bleue est l’unique sésame. Du rêve, de la folie, du piment, ça n’a pas de prix.
Ecoute le “tic-tac ba-boum” de mon coeur
Ce livre commence comme un conte de Noël : “Il neige sur Edimbourg en ce 16 avril 1874“. Et la suite tient autant du Andersen que du Vian. C’est l’histoire de Jack, un petit garçon, dont le coeur fonctionne grâce à une horloge mécanique qu’une sage-femme, adepte du bricolage corporel, lui a greffé juste après sa naissance. Un coucou qui l’empêche de dormir la nuit et lui vaut les insultes des autres enfants le jour. D’autant que, d’après sa mère d’adoption, son coeur trop fragile ne supportera jamais de tomber amoureux. Mais arrive la petite chanteuse aux lunettes cassées, et Jack bravant le grincement de ses aiguilles, ira chercher l’amour jusqu’en Andalousie…
Ce livre c’est La mécanique du coeur de Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dyonisos. Je l’ai ouvert car un ami, qui en était tombé amoureux, me l’a envoyé. Et c’est vrai que cette histoire nous berce lentement, chaudement. L’écriture est simple, belle, efficace. Et l’histoire oscille toujours entre tragique et comique – certaines images étant franchement drôles.
Et puis il y a de petites pépites que j’ai moi-même notées dans mon carnet. Des phrases qui vous décroche à la fois un sourire et une larme. Car ce personnage de Jack se bat, malgré ses handicaps, pour aimer. Tel Don Quichotte, il croit ferme en ses rêves et se retrouve souvent désarmé devant l’injustice de la vie. Et c’est désarmant pour le lecteur.
Mais j’avoue que, à l’inverse de mon ami, je n’en suis pas tombé amoureuse. Peut-être l’ai-je mal lu (partiellement dans le métro). Je crois surtout qu’il est un peu court en général (178 p), et sur certaines choses. Des relations pas assez fouillées, trop de va et vient dans le récit, et un style pas forcément constant. Je suis restée un peu sur ma faim… preuve aussi que ce livre m’a touché.
Bon je ne résiste pas à vous livrer une de ces pépites (ca c’est un de mes mots préférés, essayer de le dire lentement, il résonne longtemps sur vos lèvres !), en guise de conclusion.
” Je suis en danger de mort ? Peut-être, mais je suis en danger de vie si je ne la revois pas, et à mon âge je trouve ça encore plus grave“
Mathias Malzieu, La mécanique du coeur, Flammarion, 2007, 17 €
Bad circus
Si l’Arche de Noé représentait un beau refuge pour les animaux de la Terre, celle de Zoé a tout d’un mauvais cirque. La mise en scène y est grotesque, les numéros effrayants, les protagonistes pathétiques. Et à la fin du spectacle, tout le monde se sent berné.
A commencer par les deux extrémités de la chaîne : les familles tchadiennes dont les enfants ont été échangés contre de fausse promesses. Et celles françaises qui pleines d’espoir pensaient sauver un miséreux à son sort tragique, contre quelques milliers d’euros. Et puis au milieu, il y a ces enfants dont on peut imaginer le choc d’un déracinement brutal et inexpliqué. Sans compter les dégâts collatéraux : la crise diplomatique à résoudre sans perdre la face, la crise de confiance que les véritables ONG vont subir dans cette région déjà difficile d’accès et où tant de personnes ont besoin d’aide.
Il y a dans cette histoire un profond mépris des sentiments de tous. Mais à quoi pensaient-ils donc ? Qu’il faut être occidental pour aimer ses enfants, voire ceux des autres (mais ils ne sont pas les seuls, n’est ce pas Messieurs Mariani et Hortefeux) ? Que les enfants africains valent moins que les nôtres (qui pourrait imaginer une telle histoire avec des enfants français) ? Qu’on peut promettre un enfant à des familles en désespérance comme s’il s’agissait d’une vulgaire marchandise, voire de Prozac, sitôt commandé, sitôt livré ? Qu’on peut exercer un humanitaire malhonnête et ethnocentrique, sans penser aux conséquences sur les autres ONG, qui sont elles sur le terrain depuis parfois des années ?
S’il est prouvé que cette histoire n’était pas du trafic humain, elle pose de graves questions notamment – et à nouveau – sur notre rapport à l’Afrique. Car ces responsables – aussi illuminés, inconscients voire malhonnêtes soient-ils – ne font que réfléter une ambiance actuelle et sûrement majoritaire. Celle qui légitime une hiérarchie des hommes et des cultures, et une ingérence chez les autres notamment en situation de faiblesse (et oui, il n’y a pas que l’administration Bush!) . Je ne sais pas vous mais tout ça me fait froid dans le dos.