Espelette et chocolat

l’actualité sauce douce et piquante

Croyez-vous au hasard ?

Moi non. Mais je crois en la Providence. Celle qui vous mène sur la route du bien aimé, celle qui vous conduit à la croisée des chemins, et vous somme de faire un choix, celle qui mets vos nerfs (et votre vie) à rude épreuve parfois… Et puis moi je fais rimer providence avec transcendance, mais c’est une question de foi qui ne se discutera pas là.

La providence donc et dernier exemple en date, une rencontre fulgurante, enrichissante, bouleversante. Une de celles où l’on ressort avec l’envie de dire Waou ! Again ! le sourire accroché au coeur qui bat la chamade. Ca se passe un jeudi soir dans le métro, ligne 6, trajet Bel-Air à Corvisart. Une femme noire s’installe au milieu de notre groupe gospelisant et se met à entonner des airs familiers pour gagner quelques pièces. L’occasion est trop bonne, la joie de partager débordante, nos voix pas toujours bien assurées décident d’accompagner la diva. Des sourires naissent, la complicité s’installe et c’est parti pour 15 minutes de métro-gospel qui s’achève dans un chant zulu dont nous seuls pensions connaître l’air et les paroles. Sacré surprise, la diva était sud-africaine et redouble d’intensité pour  nous accompagner.

Les voyageurs, visiblement contents, en redemandent. Même si là où eux n’ont vu que performance vocale et chant, voire joie partagée, nous avons vécu communion, prière, grâce. J’espère me rappeler cette éphémère rencontre encore longtemps, comme une preuve que partout existent des occasions de se rencontrer, de partager, de vivre et de fêter la vie. Un bon capital bonheur contre la morosité de certains jours car quand la providence s’en mêle, et bien oui la vie est bien plus belle…

Et puis si vous croisez cette femme dont je ne connais même pas le nom, dans le métro un jour, dites lui que je pense à elle encore aujourd’hui. Et que la providence saura nous réunir une autre fois, c’est sûr !

Amerykah diva

Il y a 8 ans environ, j’ai attrapé une baduphilie aigue. C’était la première fois que j’entendais Mama’s gun, et cette voix tout en subtilités, ces beats géniaux, ce style à la fois ghetto, underground et jazzy, ce charisme d’une Chaka Khan m’avaient pris aux tripes. Je vous assure que certaines fois les palpitations se transforment en sueur, et une ride apparaît au milieu du front l’air de dire “Waou, c’est parfait”.

Et puis il y a eu la découverte, à l’envers, du Live et de Baduizm. Je suis devenue accro avant de pouvoir dire ouf. Cette année, elle nous gâtait avec son nouvel opus, Amerykah part 1, avec déjà des morceaux d’anthologie. Alors bien sûr, découvrir qu’elle venait en concert à Paris fut, au-delà du choc, comme Noël avant l’heure. Depuis le temps que je guettais et que je n’espérais plus. La perspective étant au moins aussi réjouissante que le moment lui-même. Et si les symptômes ne sont pas toujours aussi forts, le moment venu, je n’ai pu survivre à cette énorme montée d’adrénaline seulement grâce à son retard d’une heure et demi.

Enfin elle est apparue, majestueuse, princesse noire jusqu’au bout des bottes, des bijoux clinquants et une coiffure improbable, une diva comme on n’ose plus en faire. Une fois installé sur scène, elle a joué de tous ses instruments disposés autour d’elle, elle n’a pas chanté tout le temps très juste et a crié beaucoup, elle s’est amusé avec ses propres morceaux, a improvisé quelques rimes… Elle a été parfaite, fidèle à toutes mes espérances. Je suis bluffée, amoureuse et définitivement malade. Mais surtout… ne me guérissez pas.

My buddy Obama

Il a beau faire tous les efforts du monde, Nicolas a du mal à honorer son devoir de réserve et à ne pas admirer ce candidat qui semble déjà faire l’unanimité de ce côté ci de l’océan. Affirmer haut et fort que “Obama c’est mon copain à moi” a quelque chose de pathétiquement puéril. Mais après tout – et pour une fois – qui en voudrait à notre président  ?

Et pourtant on sent qu’Obama ne s’est arrêté à Paris que par courtoisie, à peine arrivé et déjà reparti. Sûrement fut-il bien avisé par ses conseillers qui lui auraient rapporté au choix : les dernières vacances de Nicolas chez Georges Jr, ou bien les derniers tapis rouges déroulés à Paris pour Al Assad ou Khadafi, ou alors les sapes législatives sur le droit de grève et la sécurité sociale, ou encore l’augmentation substantielle de son salaire… La liste (récente) semble si longue qu’on ne sait plus si on doit rire ou pleurer.

Et c’est sans évoquer l’affaire Tapie, le summum du cynisme, et pour laquelle il semblerait que se vérifie l’acception que plus c’est gros et plus ça passe. Sûrement Sarkozy pense-t-il que tirer crédit d’une libération d’otages tous les 6 mois peut faire oublier tout le reste. C’est oublier que la mémoire des Français est inversement proportionnelle à l’argent qu’il leur reste pour boucler leur fin de mois. Notamment ceux qui ont voté pour lui.

En fait il n’y a qu’un point qui me tracasse encore plus que tout ça : où est passé l’opposition ? Enfin celle qui n’est pas marxiste à un bout et xénophobe à l’autre. Va juste falloir m’expliquer comment le PS n’arrive pas à tirer crédit de toutes les erreurs du président, pourtant servies sur un plateau d’argent.
Ok si Obama est président en novembre, I’m definitly an american girl !

Ca m’étonnerait

Certaines personnalités de la scène publique sont si prévisibles qu’on en oublierait le sens de l’adjectif surprenant. Tous ces beaux plans de com’ nous ont en effet donné de mauvaises habitudes, celles de ne plus compter sur les trains en retard (ceux qui nous intéressent nous journalistes). Et même le coup de gueule « spontané » de Rachida Dati devant les députés l’autre jour n’était qu’une belle démonstration de ses talents d’actrice, la ministre ne manquant pas de jeter un coup d’œil à ses fiches quand l’inspiration venait à lui manquer.

C’est comme ça, nous ne savons plus nous étonner. Vous ne me croyez pas ? Petit test : est ce que ça vous a vraiment surpris le « libéralisme » de Bertrand Delanoë ? La (re)découverte du compte japonais de Jacques Chirac ? Le cafouillage de Rachida Dati sur le mariage annulé ? Non, on est d’accord. Le problème c’est que du coup certains journalistes se sentent obligés de créer littéralement l’événement – voyez l’Express sur la haine Sarkozy-Fillon, ou Le Point sur Carla présidente, ou le Nouvel Obs sur le sms, ou Jean-Pierre Elkabbach sur Pascal Sevran… Des extrapolations sans autre but que de chercher le scoop, au détriment de l’intérêt et de la déontologie.

Notre capacité d’étonnement est donc en panne, c’est grave docteur ? Et bien non, car il parait que c’est normal, avec l’âge nous devenons blasés. Ce n’est pas moi qui le dit mais Charles Pépin, journaliste et philosophe, qui s’exprimait ce matin sur France Inter à propos du bac de philo. D’après lui, même les jeunes de 17 ans seraient déjà bourrés de préjugés et incapables de s’étonner, presque trop vieux pour plancher sur des sujets de bac. Oui sauf qu’avant la terminale, ils savent à peine écrire, alors on fait comment ? On touche à rien. Tu m’étonnes !

Et pourtant à bien y réfléchir, la vie est remplie de ces trains en retard (et à la veille d’une grève SNCF, je sais de quoi je parle) ou carrément absents. Ceux qu’on attend et qui n’arrivent jamais : comme la déclaration qui aurait du clore de façon responsable et intelligente la réunion de la FAO à Rome. Celle qui est arrivée disait « La moitié du monde crève la dalle, mais surtout ne prenons pas de décision trop hâtive ». Il y a aussi ces trains qui ne sont pas annoncés et qui déboulent sans crier gare. Ainsi le revirement d’Hugo Chavez qui appelle les Farc à déposer les armes et se dit prêt à négocier avec le prochain président des Etats-Unis. Pour son équipe, ce n’est pas un changement de stratégie, juste une suite logique. Chez nous, quand on parle de « changements de stratégie », on peut s’attendre à un statu quo, voire au mieux à une déclaration d’intention démago. Finalement l’étonnement, ça doit être culturel.

Où sont les dindes ?

Les dindes françaises sont chanceuses. Contrairement à leurs cousines américaines sacrifiées massivement aujourd’hui pour Thanksgiving, elles ont encore un mois à vivre !

Au gouvernement, on ne sait pas encore quelles têtes vont tomber. Pourtant les volailles en tout genre y sont légion : dindes hystériques, chapons castrés, poulets battant de l’aile et coqs arrogants. Depuis quelques mois, la basse-cour est en proie à une grande agitation. Mais quand la poussière retombera, tout le monde risque d’être bien déçu.

Anyway, Happy Thanksgiving to everyone !

Vous avez dit romantique ?

Certaines choses vieillissent mal, comme Jack Lang, le Beaujolais Nouveau ou un livre de Beigbeder. C’est aussi le cas du romantisme de dandy, façon « bougies, bouquet et ciel étoilé ». Toutes les filles l’avouent : ce genre de soirée transpire la ringardise. Oui toutes ! Même celles qui soupirent la bouche en cœur devant Amélie Poulain ou le mielleux et Hugh Grantesque Raison et sentiments. Et pour les hommes qui veulent quand même essayer, la sentence risque d’être fatale, du genre « déjà vu, suivant ! »

Et si le romantisme d’aujourd’hui était justement tout sauf… romantique. Exit les banalités qui font cliché. Avec des agendas surchargés et la devise du « plus vite, plus loin, plus fun » qui défile en continu sur leur fond d’écran, les filles exigent un romantisme efficace – « j’ai 20 minutes, on fait quoi ? ». Et avant tout original – « des fleurs, encooore ?! ». Le bonheur est dans les choses simples, soit. Mais se regarder toute une soirée dans les yeux, même si ce sont ceux de Jude Law, ça devient vite agaçant.

Reprenons l’équation : pas de romantisme sans émotion, pas d’émotion sans surprise, et pas de surprise sans… imagination. En termes économiques, cela s’appelle de la valeur ajoutée. Et sans elle, gare à la banqueroute. La preuve ? Regardez Cécilia : son mari lui offre de vivre dans le plus grand palais de Paris pendant cinq ans. Visiblement, ça ne l’a pas retenue.

Moralité, le romantisme c’est tout d’abord savoir écouter les désirs de l’autre, et pouvoir y répondre – ou même les devancer – en toute circonstance. C’est savoir placer l’autre au coeur de l’instant. C’est savoir transformer le banal en magique. Et ne pensez pas que la carte bleue est l’unique sésame. Du rêve, de la folie, du piment, ça n’a pas de prix.

Ecoute le “tic-tac ba-boum” de mon coeur

Ce livre commence comme un conte de Noël : “Il neige sur Edimbourg en ce 16 avril 1874“. Et la suite tient autant du Andersen que du Vian. C’est l’histoire de Jack, un petit garçon, dont le coeur fonctionne grâce à une horloge mécanique qu’une sage-femme, adepte du bricolage corporel, lui a greffé juste après sa naissance. Un coucou qui l’empêche de dormir la nuit et lui vaut les insultes des autres enfants le jour. D’autant que, d’après sa mère d’adoption, son coeur trop fragile ne supportera jamais de tomber amoureux. Mais arrive la petite chanteuse aux lunettes cassées, et Jack bravant le grincement de ses aiguilles, ira chercher l’amour jusqu’en Andalousie…

Ce livre c’est La mécanique du coeur de Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dyonisos. Je l’ai ouvert car un ami, qui en était tombé amoureux, me l’a envoyé. Et c’est vrai que cette histoire nous berce lentement, chaudement. L’écriture est simple, belle, efficace. Et l’histoire oscille toujours entre tragique et comique – certaines images étant franchement drôles.
Et puis il y a de petites pépites que j’ai moi-même notées dans mon carnet. Des phrases qui vous décroche à la fois un sourire et une larme. Car ce personnage de Jack se bat, malgré ses handicaps, pour aimer. Tel Don Quichotte, il croit ferme en ses rêves et se retrouve souvent désarmé devant l’injustice de la vie. Et c’est désarmant pour le lecteur.

Mais j’avoue que, à l’inverse de mon ami, je n’en suis pas tombé amoureuse. Peut-être l’ai-je mal lu (partiellement dans le métro). Je crois surtout qu’il est un peu court en général (178 p), et sur certaines choses. Des relations pas assez fouillées, trop de va et vient dans le récit, et un style pas forcément constant. Je suis restée un peu sur ma faim… preuve aussi que ce livre m’a touché.

Bon je ne résiste pas à vous livrer une de ces pépites (ca c’est un de mes mots préférés, essayer de le dire lentement, il résonne longtemps sur vos lèvres !), en guise de conclusion.

Je suis en danger de mort ? Peut-être, mais je suis en danger de vie si je ne la revois pas, et à mon âge je trouve ça encore plus grave

Mathias Malzieu, La mécanique du coeur, Flammarion, 2007, 17 €

Bad circus

Si l’Arche de Noé représentait un beau refuge pour les animaux de la Terre, celle de Zoé a tout d’un mauvais cirque. La mise en scène y est grotesque, les numéros effrayants, les protagonistes pathétiques. Et à la fin du spectacle, tout le monde se sent berné.

A commencer par les deux extrémités de la chaîne : les familles tchadiennes dont les enfants ont été échangés contre de fausse promesses. Et celles françaises qui pleines d’espoir pensaient sauver un miséreux à son sort tragique, contre quelques milliers d’euros. Et puis au milieu, il y a ces enfants dont on peut imaginer le choc d’un déracinement brutal et inexpliqué. Sans compter les dégâts collatéraux : la crise diplomatique à résoudre sans perdre la face, la crise de confiance que les véritables ONG vont subir dans cette région déjà difficile d’accès et où tant de personnes ont besoin d’aide.

Il y a dans cette histoire un profond mépris des sentiments de tous. Mais à quoi pensaient-ils donc ? Qu’il faut être occidental pour aimer ses enfants, voire ceux des autres (mais ils ne sont pas les seuls, n’est ce pas Messieurs Mariani et Hortefeux) ? Que les enfants africains valent moins que les nôtres (qui pourrait imaginer une telle histoire avec des enfants français) ? Qu’on peut promettre un enfant à des familles en désespérance comme s’il s’agissait d’une vulgaire marchandise, voire de Prozac, sitôt commandé, sitôt livré ? Qu’on peut exercer un humanitaire malhonnête et ethnocentrique, sans penser aux conséquences sur les autres ONG, qui sont elles sur le terrain depuis parfois des années ?

S’il est prouvé que cette histoire n’était pas du trafic humain, elle pose de graves questions notamment – et à nouveau – sur notre rapport à l’Afrique. Car ces responsables – aussi illuminés, inconscients voire malhonnêtes soient-ils – ne font que réfléter une ambiance actuelle et sûrement majoritaire. Celle qui légitime une hiérarchie des hommes et des cultures, et une ingérence chez les autres notamment en situation de faiblesse (et oui, il n’y a pas que l’administration Bush!) . Je ne sais pas vous mais tout ça me fait froid dans le dos.

Harlem, mon amour

La photographe et cinéaste française Martine Barrat vit à New York depuis 1968. Elle s’y promène, va à la rencontre des gens, les écoute, leur rend service, s’implique dans la vie locale. La Maison européenne de la photographie nous livre une exposition de son travail autour de la population de Harlem, quartier difficile et souvent laissé de côté. Un regard tendre, généreux, touchant. Un témoignage d’amour et d’humour, simple, efficace et poétique.

enter.jpg

“Harlem in my heart” jusqu’au 6 janvier 2008

MEP, 5 / 7 rue de Fourcy, Paris IVe.

PS : en même temps, profitez-en pour voir l’expo (photo toujours) de Larry Clark. Un témoignage choc sur la jeunesse de son époque, la fin des 60′s, dans une ville de l’ouest américain. Entre sexe, drogue et rock’n roll (mais surtout drogue), un récit sans concession qui a fait scandale à sa sortie. Aujourd’hui encore, ses photos ne laissent pas indemnes… Lire la suite »

Femmes, femmes, femmes

Je vous vois venir de loin avec vos réflexions, du genre “revoilà la chienne de garde”. Et pourtant ce que je m’aprête à dire ne tient pas du féminisme de comptoir (c’est dur à croire je sais !). Non c’est de la statistique pure (sans les chiffres!). Mais chiffres ou non, force est de constater que les femmes ont monopolisé l’actualité de ces dernières semaines.

Si toutes tiennent le haut du pavé, certaines évidemment se fracassent la tête dessus. A commencer par Rachida Dati et sa réforme de la carte judiciaire, ou Anne-Marie Idrac avec la grève de 90% des salariés de la SNCF. Quant à Fadela Amara c’est un traumatisme cranien qu’elle a du se faire à la voir toute sourire aux côtés de Fillon, après avoir pourtant vivement critiqué l’amendement ADN. Et puis bien sûr la première dame, Cécilia S. dont le départ nous apprend qu’elle a du trouver les lumières de l’Elysée un peu trop fades pour elle (j’y reviendrais).

Avec ce pavé d’autres font un joli “plouf” dans la mare masculine – du genre “regardez, nous aussi on est là”. Ainsi une centaine de femmes d’influence venant du monde entier s’est retrouvée le temps d’un WE pour tenir un forum économique à Deauville (ça suffit l’appelation “Davos féminin”). Bien sûr on souhaiterait qu’il s’y décide un peu plus d’actions concrètes. De là à dire que les femmes ne font que bavarder, il y a un cratère que je vous serai gréé de ne pas franchir ! Et si au contraire vous y voyiez une conspiration en tailleur, c’est que votre esprit ne tourne vraiment pas rond.

Les dernière enfin ont oeuvré en silence. Reine d’humilité elles méritent le respect de tous. Et là, ce sont des images que j’appelle à la barre. Celle d’une opposante birmane Aung San Suu Kyi à la porte de sa maison-prison, digne mais résignée oeuvrant sans relâche pour la liberté de son peuple. Et puis cette image touchante du prix Nobel de litterature, Doris Lessing, fièrement assise sur les marches de son perron, entourée de ses courses, un parterre de journalistes à ses pieds.

Je finirai par une citation d’un homme, cela paraîtra toujours plus partial : “Femmes c’est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde” Léon Tolstoï

Entrées précédentes »
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.